Retourner au travail après bébé

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Il y a quelque chose dont on parle peu lorsque nous devenons maman, c’est le retour au travail.

 Je suis en pleine lecture d’articles sur le retour au travail des mamans dans le cadre d’un développement de services pour A pas de louves. Ce qui me pousse à faire une introspection sur mon propre parcours et réfléchir à comment j’ai vécu les différentes étapes. Comme vous le savez, j’ai laissé tomber mon emploi pour lancer A pas de louves. En partie parce que le contrat de travail que j’avais à l’époque ne convenait pas au rythme de vie avec mon nourrisson, mais surtout parce que je me suis dit que c’était un peu maintenant ou jamais que je pouvais lancer mon entreprise, ce pour quoi j’étais faite.

A l’époque je travaillais dans la finance, un contrat de 45 heures par semaine. Au fond de moi, il était difficile d’imaginer travailler à temps plein avec un nourrisson qui ne dormait toujours pas, l’allaitement, les trajets. Les personnes pragmatiques de mon entourage me conseillaient de garder mon emploi, le temps de laisser A pas de louves se lancer… et j’avais une crainte, ne pas être capable de tout faire. Nous avons déjà tellement de choses à penser, que rajouter ce stress à ma charge mentale était pour moi insurmontable. Alors tant qu’à faire, j’ai sauté à 2 pieds joints lancer dans l’entrepreneuriat.

Je me souviens découvrir mon test de grossesse positif (durant ma pause déjeuner), cacher mon état de fatigue au travail, le ventre qui tirait et les nausées … puis l’angoisse de devoir l’annoncer à ma responsable qui a d’ailleurs cru que je la convoquais pour annoncer que je voulais démissionner. Elle a soupiré un ouf de soulagement… qui m’a fait pousser moi aussi un ouf de soulagement. Je n’ai pas voulu annoncer tout de suite à mes collègues. J’avais besoin de le garder un peu pour moi, ne pas avoir envie que l’on me traite différemment après l’avoir annoncé. Est-ce que c’était dans ma tête ou est-ce que les gens modifient leurs comportements suite à une annonce de grossesse ? Ce sujet est aussi intéressant et sera celui d’un autre post.

J’ai lu des articles sur des mamans qui partageaient les réactions de leurs chefs d’entreprise. J’étais un peu interloquée de voir les réactions face à une femme qui annonçait être enceinte. Je me suis toujours dite que si un jour mon ou ma responsable réagissait mal à mon annonce, je leur demanderais comment ils sont nés ? Parce que oui, ils ont bien tous une maman, non ? ou sont-ils nés dans les choux et dans les roses. 

Ma responsable était bienveillante, m’a dit que je retrouverai évidemment mon emploi à mon retour de congé et dit aussi que si je devais réduire mon temps de travail, il ne fallait pas hésiter, mais que je devais l’avertir un peu en avance quand même pour pouvoir s’organiser…. Mouai. J’étais juste fatiguée durant ce premier trimestre. Je m’étais retrouvée toute seule à mon poste alors que nous devions être 2 car ma collègue était absente pour un long congé maladie (pour lequel elle n’avait pas eu besoin de prévenir). Être enceinte n’est pas être malade, mais une grossesse peut basculer du tout au tout, du jour au lendemain. J’ai ressenti le besoin de diminuer mon taux horaire pour des raisons psychologiques… cela revient au sujet sur les comportements des gens cités plus haut qui influent sur notre état. J’ai annoncé que mon médecin m’avait arrêtée à 50%. On m’a demandé d’attendre une semaine pour rendre possible la diminution de mon taux horaire… 1 semaine. Je n’ai pas imaginé une seconde l’image que je renvoyais à l’entreprise et les commentaires reçus derrière mon dos.

A cet instant, je ne savais pas que je lancerai A pas de louves car je n’avais pas conscience de tous ces besoins en postpartum. A cet instant, je me disais que j’allais retourner travailler. Sauf que je n’y suis pas retournée. J’étais toujours en contact avec des collègues qui sont venues me reporter que les gens disaient que j’étais venue juste pour tomber enceinte et repartir. Dans « ces gens », 100% était des femmes, qui sont elles-mêmes mamans. Cela faisait 2 ans que je travaillais dans cette entreprise. Ce n’était pas énorme, mais quand même… J’ai été un peu choquée, mais je n’ai pas relevé et au final je me disais que j’avais bien fait de partir plutôt que de travailler avec des personnes sans valeurs humaines parce que comme le dit si bien la phrase qui tourne en ce moment sur les réseaux sociaux « l’avis des autres n’est que la vie des autres ». Depuis l’arrêt de mon congé maternité, j’ai mis 6 mois à lancer A pas de louves, le temps de peaufiner, oser se lancer…. Cela tombait en avril 2017. Ma fille avait 1 an. L’angoisse de me retrouver sans revenus pendant un temps indéfini faisait son chemin dans ma tête alors je me suis résolue à chercher un travail, avec des horaires moins contraignant. Idéalement un temps partiel. J’ai passé un super entretien avec une banque privée de la Place. J’étais à 2 doigts d’être prise… puis je découvre que je suis enceinte du 2ème… inattendu.  J’imagine la tête de mes anciennes collègues et les remarques que j’aurais pu avoir si après mon congé mat’, j’y étais retournée. Il fallait donc que je repasse par la case annonce… en double : agence de placement et future ex employeur. Ils étaient ravis pour moi. Le premier m’a clairement dit « vous savez il sera difficile de vous trouver un employeur dans votre étât » et le second « Félicitations, mais repostulez après avoir accouché »

Bref, on reste en contact.

Cela signifiait donc rester quasiment une année sans sources de revenus. Moi qui étais en stress de ne pas gagner de l’argent tout de suite, j’étais vernie. Une année à m’occuper de ma fille et à couver. Une année à compter ce qu’il me restait à la fin du mois et préparer  l’arrivée de  ce 2ème bébé. 1 année à être dépendante de papa loup. 1 an.

365 jours se sont écoulés. Je me suis remise à chercher du travail.  

Je me suis demandée s’il fallait que je mette que j’avais des enfants sur mon CV. 2 en plus, en bas âge. L’agence de placement me disait que oui. Mon instinct me disait que non. Est-ce qu’un homme met sur son CV qu’il a 2 enfants ? Je ne crois pas … Est-ce que cette question lui effleure même l’esprit ?

J’ai eu un entretien. Plutôt chouette. Un poste qui allait merveilleusement bien avec ce que je pouvais proposer avec A pas de louves, travailler pour une grande entreprise dans le domaine du facility management. C’était parfait.  Un poste pour lequel on m’a clairement notifié qu’il ne serait pas possible de demander un temps partiel. J’ai été prise, mais j’ai déchanté lorsque j’ai été en poste. En plus, une femme comme responsable. Ce qui en soit m’a épaté, je me disais que des femmes à de « hauts postes » est une bonne image. On pense d’ailleurs que les femmes seront plus compréhensives, plus humaines… et j’ai été surprise de voir que ce n’était pas le cas. Est-ce que c’est sexiste de penser ceci, peut-être !  Car il se peut que le statut du poste fasse gonfler la tête des gens... homme ou femme. On m’a dit que je pouvais faire ce que je voulais, remanier les choses à ma façon, que la précédente collaboratrice n’avait pas correctement fait son travail. J’étais donc ravie… sauf que je n’ai pas fait le lien tout de suite. Je venais pour un remplacement congé maternité, ce qui signifiait que la précédente collaboratrice devait revenir. Dans la législation suisse, il n’est pas autorisé de licencier une femme durant ce « moment de vie », mais à son retour, oui. J’allais donc défaire tout son travail. J’allais devoir lui expliquer pourquoi j’avais dû modifier telle ou telle chose. J’allais devoir lui bousculer tout ça alors qu’elle venait d’avoir un bébé, que sa vie venait d’être chamboulée et qu’il était probablement difficile pour elle de revenir travailler . Cela n’avait pas de sens. Pas de sens du pourquoi j’avais fondé A pas de louves. Pas de sens pour l’être humain que j’étais. Pas de sens pour mon statut de maman qu’on n’abandonne pas lorsqu’on arrive aux portes de son travail. Ce n’était pas moi.

Je me souviens d’avoir raconté tout ceci à un ami qui m’a répondu que la vie en entreprise c’était la jungle, qu’il ne fallait pas faire de sentiments. Je reviendrai sur ce point plus loin.

Il est aussi intéressant d’aller regarder les statistiques, voir ce qu’il se passe à une échelle plus large.

Voici les points intéressants :

-   50% des femmes actives, ayant des enfants de moins de 12 ans, travaillent soit à moins de 50% soit ne travaillent pas du tout (18%) ce qui est paradoxal puisqu’il y a autant de filles que de garçons sur les bancs des hautes écoles (1)

- Les conséquences des interruptions de carrière se font ressentir sur les possibilité d’évolution de carrière (obtenir un poste à responsabilités), sur les salaires puis à plus long terme sur leurs retraites (2)

- “(…) La conciliation fonctionne parce que les femmes continuent de prendre en charge une partie importante du travail familial” et “un travail qui n’est pas rémunéré et qui a un impact sur leur trajectoire professionnelle.” (3)

- 62% des mamans réduisent leur volume de travail pour pouvoir s’occuper de leur progéniture, contre 14,9% des papas. (4)

- Deux fois plus de mères que de pères changent d’emploi pour concilier vie professionnelle et vie familiale. (5)

- “ Devenir parents signifie devenir plus inégaux.” (6)

 




Il y a évidemment des variables qui ne sont pas prises en compte. On ne parle pas des mamans qui se lancent en tant qu’indépendantes au moment de la maternité. Est-ce que c’est parce qu’elles ont toujours eu ça en elle ? Est-ce qu’elles le subissent indirectement afin de pouvoir allier vie de famille et vie professionnelle ?




De retour sur mon expérience personnelle, je me suis retrouvée avec 2 enfants en bas âge. La charge mentale est bien réelle. Je suis une militante du partage des tâches. Il n’y a pas de raisons qu’une femme fasse plus qu’un homme. Devenir parent a réveillé l’utopie que j’avais de croire que mon conjoint ferait autant que moi pour la maison. Nous ne nous soucions pas des mêmes choses. Nous nous sommes doucement retrouvés dans une situation où la maman est à la maison, se charge de tout et le papa part travailler puis rentre le soir sans s’être vraiment soucié de l’organisation. J’étais frustrée. Mais ce sont dans ces instants que de grandes idées prennent naissance.

J’ai l’amie d’une amie qui a perdu son conjoint. Du jour au lendemain, terrassé par une crise cardiaque, sans crier gare. Ce sont les évènements de la vie qui vous font réfléchir sur votre situation. Et si demain…

Ce sont des choses terribles à penser, que l’on ne veut pas vivre, mais les évènements tristes n’arrivent pas qu’aux autres. En étant dépendante financièrement de son conjoint et perdre son conjoint (divorce ou autres), vous oblige à vous remettre à chercher un travail. Mais qu’en est-il alors si vous avez un trou de X années dans votre CV. Que pensent vos potentiels employeurs ? Reconnaissent-ils le rôle que vous avez joué pour votre famille, la société ?




En devenant maman, nous développons une quantité de qualités :

  • l’empathie

  • la patience

  • la résilience

  • l’empathie

  • la vulnérabilité

  • la négociation

  • la remise en question

  • être multi-tâches

  • la persévérance




J’ai de nombreuses amies maman, autour de moi, à la recherche d’un emploi qui ne soit pas à l’autre bout de la ville, avec un temps partiel ou des horaires adaptés. On s’étonnait du peu d’offres d’emplois « visibles » sur les sites d’annonces. 

Oui le monde de l’entreprise est la jungle, mais avoir des enfants, c’est croire en l’humanité. C’est vouloir un monde meilleur pour eux. Avoir un monde meilleur, c’est agir en conséquence. Nous sommes tous responsables. Chacun peut agir à son niveau. Apporter sa pierre à l’édifice. Montrer l’exemple à ses enfants pour qu’ils agissent eux aussi en conséquence et se révoltent contre les discriminations. Leur donner espoir qu’un monde meilleur est possible.

Je veux que ma fille, plus tard, n’ait pas à choisir entre devenir mère et faire carrière. Je veux que mon fils, plus tard, soit fière de la carrière de sa femme et puisse lui aussi profiter de voir grandir ses enfants.




Il faut que les mentalités changent. A pas de louves est née pour soutenir les femmes dans la période fragile du postpartum où toutes les vies de la maison sont chamboulées. A pas de louves est née pour que la transition du retour au travail soit facilitée. A pas de louves permet à la maman d’être enfin comprise, accompagnée et aidée à ajuster sa famille au nouveau rythme.

 Il fallait aller plus loin. Nous voulons vous apporter une solution, vous aider à trouver un emploi qui réponde à vos besoins de parents, vous aider à trouver une entreprise qui soutienne une des valeurs fondamentales de la vie, la famille. Nous voulons vous accompagner dans vos premiers pas lors de votre retour au travail après avoir passé ces derniers mois à vous soucier de quelqu’un d’autre que vous.

 

Voici ce que nous voulons créer:

 Une plateforme qui met à disposition les offres d’emplois répondant aux besoins et valeurs des louves : du temps partiel, une politique familiale forte et un respect des femmes.


Ce projet, c’est une aventure collective pour donner un challenge à la société. Nous avons besoin de vous, de votre histoire, de votre parcours pour aller à la rencontre des entreprises. Nous sollicitons 10 minutes de votre temps pour nous aider à mieux définir vos besoins. Merci.

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Sources :

(1) Etude pro Familia Suisse - avril 2019

(2) Etude pro Familia Suisse - avril 2019

(3) Isabel Boni - Le Goff, sociologue et co-responsable du centre en études genre de l’Université de Lausanne

(4) Enquête suisse sur la population active de l’Office fédérale de la statistique - avril 2019

(5) Enquête suisse sur la population active de l’Office fédérale de la statistique - avril 2019

(6) Levy - 2018